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Témoignage stages d'observation Ma2


Pimprenelle
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Bonjour à tous, suite à la très bonne idée de @sskméta à propos d'un témoignage sur les stages que nous effectuons en sage-femme, j'ai rédigé ce petit texte qui relate ma première journée de garde en salle de naissance... J'aurais mille autres histoires à raconter (père castor hihi) mais ce sera pour une prochaine fois peut être ? ....

 

MaÏeutiquement votre.

baby birth GIF

 

 

<< Première garde, premier stage j’arrive au service, salle de naissance dans un hôpital toulousain que je ne connais pas. Il est 7h, je me suis réveillée à 5h, ma nuit a été agitée; j’ai la boule au ventre, c’est la première fois que je vais être dans un service pendant 12h. Je pars me changer au vestiaire, j’enfile ma tenue et au fur et à mesure que le tissus rugueux blanc caresse ma peau, je m’imprègne peu à peu du rôle que je m’apprête à jouer : future sage-femme.


Je monte à l’étage de la salle de naissance; je me regarde dans le miroir de l’ascenseur : ça y est j’y suis,le sourire au lèvre, le coeur qui bat à 120/min, les mains moites, j’ai travaillé avec acharnement pendant 2 ans et cela paie enfin ses fruits. J’esquisse un léger sourire en me regardant, c’est assez déroutant. J’arrive dans le service, la lumière est tamisée, à l’heure où tout le monde a les yeux clos, j’ouvre grand les miens vers mon avenir. Je me présente à l’équipe, je bafouille et j’essaie de plaisanter pour détendre l’atmosphère, comment trouver ma place ? Je débute, j’ai peur de ne pas être à la hauteur mais je suis très vite rassurée par l’équipe, on me prend la main pour que je m’élance en sureté.Au fur et à mesure de la journée, j’appréhende mon rôle, accompagné d’un sage-femme (oui oui ne réduisons pas ce merveilleux métier au genre féminin). Je pose des monitoring, j’essaie de poser des cathéters (en vain), je rassure les couples, dans leur sourire je me complais. Je suis là avec eux, avec mes mots, mes gestes, pour essayer de rendre ce moment qu’ils redoutent mais attendent avec excitation depuis neuf mois.


Il est 17heures en ce lundi de janvier, quand le sage-femme me dit d’ouvrir la table d’accouchement, ça y est, c’est le moment. Il enfile ses gants stériles, son masque, se met face à la patiente, et je me positionne derrière lui, spectatrice de cette scène mémorable.
J’ai l’impression d’être hors du temps, hors des lieux, la parturiente donne toutes ses forces pour pouvoir serrer dans ses bras l’enfant  vivant dans ses entrailles qu’elle chérit déjà. Elle continue à pousser, son conjoint à côté d’elle lui tient la main, il lui dit des mots doux, j’en ai des frissons. Encore et encore, les contractions passent, elle continue à pousser, les encouragements fusent dans la salle, de plus en plus forts, en parfait accord avec les efforts de la mère, quand soudain la tête de l’enfant à naitre affleure la filière génitale . « STOOOOP, stop stop ne poussez plus madame !»,  j’y suis, 17h22, après quelques manœuvres, le sage-femme sort ce petit être encore relié par le cordon à sa mère, et le pose sur son ventre, elle est exténuée. Quelques secondes passent; trainent et s’éternisent, plus de bruits, pourquoi cet enfant ne pleure pas ? Pourquoi il ne réagit pas ?Quand soudain, fendant le silence ambiant de la salle tamisée, le bébé hurle pour signifier son arrivée au monde. Je félicite les parents, la mère est exténuée et peine à tenir son enfant, je vois le père regarder le fruit de son amour avec tendresse et fond en larme, lorsque je vois ce père rempli d’amour, je sens mes yeux devenir humides et  ma gorge se nouer. Je m’éclipse pour laisser place à cette rencontre tant attendue. Je suis heureuse d’être là, il est déjà 19H30. Ma garde est finie. je retourne aux vestiaires le changer, je suis épuisée mais si heureuse, j’ai déjà hâte d’être à demain. >>

 

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il y a 1 minute, 504TMW a dit :

@Pimprenelle Wouaaah merci beaucoup d'avoir écrit ca, c'est très bien écrit d'ailleurs et ca fait franchement rêver, j'ai pas les mots ? 

Merciii, je suis contente que ça te plaise !! ?

il y a 2 minutes, Glouglou a dit :

Merci pour ton témoignage ? je n arrêtais pas de retenir mon souffle ?

Hâte d en lire d autres ?

Avec plaisir ! J'ai encore tellement de choses à raconter, je peux continuer à écrire mes petits récits du quotidien alors ?!

 

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il y a 3 minutes, Pimprenelle a dit :

J'ai encore tellement de choses à raconter, je peux continuer à écrire mes petits récits du quotidien alors ? !

 

Oui bonne idée en plus ça sera bon pour le moral.. ^^

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il y a 25 minutes, Pimprenelle a dit :

Avec plaisir ! J'ai encore tellement de choses à raconter, je peux continuer à écrire mes petits récits du quotidien alors ?!

C'est tellement bien écrit et beau à lire j'adore ? ??

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  • Ancien RM
il y a 40 minutes, Pimprenelle a dit :

J'ai encore tellement de choses à raconter, je peux continuer à écrire mes petits récits du quotidien alors ?!

Merci beaucoup pour ton magnifique témoignage !!

Qu'on veuille faire spécifiquement sage -femme ou non, ton récit a quelque chose de vraiment motivant ! bravo et merci encore :)

 

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  • Ancien RM
il y a 11 minutes, solenefdo a dit :

Qu'on veuille faire spécifiquement sage -femme ou non, ton récit a quelque chose de vraiment motivant ! bravo et merci encore ?

Ah je suis bien d'accord !!! Merci @Pimprenelle pour ce très beau message qui sort de l'ordinaire, j'avais jamais lu de témoignage de sage-femme ? quoi qu'il en soit, même si la filière ne nous intéresse pas spécialement, on ressent bien toute l'émotion et le plaisir qui t'anime quand tu en parles, et ça c'est universel et c'est beau !!! Merci encore ?

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Il y a 2 heures, Pimprenelle a dit :

ça y est j’y suis,le sourire au lèvre, le coeur qui bat à 120/min, les mains moites, j’ai travaillé avec acharnement pendant 2 ans et cela paie enfin ses fruits.

 

ALALA cette phrase !! C'était top à lire, merci de ton partage ? j'espère avoir ce feeling aussi un jour ?

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  • 8 months later...
  • Ancien RM

Salut à tous et à toutes ! 😍

 

En ce début de période de révisions, je vous poste un petit témoignage sur les stages d’observations en Ma2 ( deuxième année de sage-femme, donc après la PACES ).

 

Pour ces stages, il faut savoir que c’est seulement 2 jours avant la semaine de la rentrée. Les 2 jours sont découpés en 4 demies journées ( une pour les différents services à la maternité de Paul de Viguier qui se trouve en face des urgences de Purpan ) :

  • Consultation
  • Suite de couche ( après l’accouchement )
  • Salle de naissance
  • Grossesse à haut risque

 

Même si je ne suis restée qu’une demie journée en salle de naissance, j’ai pu assister à un accouchement et c’est ce que je vais détailler dans ce témoignage !

 

Petite remarque : j’ai volontairement changé les prénoms qui figurent dans ce texte pour préserver l’intimité des personnes que j’ai rencontrées.

 

Si certains d'entre vous se posent  des questions, quelqu'elles soient, n'hésitez pas à venir m'en parler en privé !🤗

 

C’est l’après midi, il est 13h30. Je monte dans les vestiaires réservés aux étudiantes sage-femme, je tape le code d’une main peu sûre et je rentre. En enfilant ma tenue, le stress commence à monter parce que c’est le moment que j’attendais avec impatience : je vais mettre les pieds dans la salle de naissance. C’est le rêve de tout futur sage-femme ( “tout” parce que oui il y a des hommes quand même ) : voir un accouchement ! Aider à donner la vie, il n’y a rien de plus gratifiant.

 

On est plusieurs petites Ma2 dans le vestiaire, on ne parle pas trop car on ne se connait pas encore. On ne sait pas trop ce qui nous attend, mais on a toutes hâte ! En sortant du vestiaire, j’ai la bonne surprise de voir que les étudiantes sage-femmes en années supérieures nous attendent pour nous dispatcher dans les différents services.

Le 1er jour des stages, les formatrices de l’école de SF nous avaient fait une visite guidée de la maternité, et honnêtement j’ai retenu une seule chose : c’est un vrai labyrinthe, et je pense qu’il me faudra plusieurs mois pour pouvoir me repérer correctement.

Les étudiantes sont très rassurantes et nous amènent par petits groupes dans les services ( comme ça on revoit un peu les lieux, ça ne fait pas de mal ), et la voici : la salle de naissance !

C’est un endroit avec une sorte d’ilot central où se trouve le bureau des sage femmes mais on y trouve des obstétriciens, des infirmiers, des assistantes de puériculture, des pédiatres … qui y circulent en permanence. Tout autour, il y a les salles de naissance à proprement parler, les salles de césarienne, la pharmacie, la salle de néonatalogie et de réanimation pour les nouveaux nés.

 

On est 3 étudiantes à arriver dans le bureau des sage-femmes : certaines courent dans le bureau pour vérifier une information sur le dossier obstétrical de la patiente, d’autres sont devant les écrans de surveillance de toutes les salles avec l’électrocardiogramme du bébé et de la mère, qui n’est encore pour moi qu’une succession de pics qui montent et qui descendent sans signification concrète. Des sages-femmes discutent de tout et de rien tout en faisant leur shopping sur internet ( et mangent des gâteaux eheh ).

D’une voix frêle, je me présente un peu intimidée par ce monde qui m’est encore totalement inconnu :

 

“ Bonjour, je suis Juliette, une future étudiante en Ma2”.

 

J’ai réussi à capter leur attention pendant quelques secondes mais les professionnels de santé retournent vite à leur occupation. Avec les 2 autres étudiantes on se regarde ne sachant pas quoi faire.

 

Faut-il qu’on suive une de ces personnes pour qu’elle nous montre comment elle travaille ? Faut-il poser des questions ? Faut-il se taire ? Faut-il rester dans un coin et attendre qu’on vienne nous chercher ?

 

On opte pour la dernière solution. On s’assoit sur des chaises roulantes. Et on ne bouge plus. J’essaye de comprendre les électrocardiogrammes qui sont juste à ma droite mais en vain. Derrière moi se trouve un immense tableau avec toutes les salles d’accouchements et de nombreuses informations y sont annotées : nom de la patiente, durée de grossesse, si elle a reçu la péridurale ou non, heure d’arrivée, dilatation du col … et encore plein d’autres que je ne saurais citer car c’était des abréviations qui s’entremêlaient aux autres détails du tableaux. Je reste assise comme ça pendant près d’une heure sans rien faire et n’osant pas bouger ou de poser des questions de peur de déranger … Les va et viens continuent dans la salle, un homme, la quarantaine rentre. En nous voyant, il dit en parlant aux sages-femmes :

 

“ Il faut les occuper ces petites étudiantes, donnez leur des choses à faire”

 

Tous les regards de la pièce se tournent soudainement vers nous : surpris comme s’ils venaient de découvrir notre présence, désolés car ils ne peuvent pas nous prendre sous leurs ailes, mais certains ont été souriants et ont tout de suite réagi. Une femme s’approche de nous, je peux lire “sage-femme” sur sa blouse. Soulagement.

 

“ Il y a plusieurs patientes qui vont potentiellement accoucher cette après-midi”

 

Deuxième soulagement. Nous allions enfin voir ce qu’on voulait toutes depuis le moment où nous nous sommes assises sur la chaise roulante dans un petit coin de la pièce.

 

“ Il y Mme B. qui est à dilatation complète”

 

DC = dilatation complète. Une abréviation de déchiffrée. La sage-femme scrute le tableau, regarde toutes les lignes, et …

 

“Mme S. ne devrait pas tarder non plus”

 

J’ai les yeux qui pétillent, vous savez comme quand on est petit et qu’on voit tous les cadeaux sous le sapin. J’espère que le cadeau sera pour moi car ….

 

“ Vous êtes 3, il va falloir choisir laquelle de vous ne pourra pas voir un accouchement car c’est une seule étudiante par salle”

 

Les paroles de la sage-femme résonnent comme un coup de tonnerre dans ma tête. Comment allons nous faire pour choisir ? Comment pouvait-on renoncer à ce privilège ? On se regarde toutes les 3, ne sachant pas quoi faire pour trancher face à la situation.

 

La sage-femme retourne à ses occupations ( la pose d’une sonde urinaire je crois ). Sur le moment nous ne faisons rien. Je me rassois, pensive. J’étais partagée entre l’idée de pouvoir voir un accouchement mais je ne voulais pas non plus priver ce moment magique à une de mes camarades ( car ne nous cachons pas, que c’est le rêve de toutes futures étudiantes sage-femmes d’assister à cet instant mémorable ).

La sage-femme revient et nous dit qu’il faut se décider car la future mère va bientôt accoucher, elle va devoir préparer la salle d’accouchement.

 

“Shi Fu Mi ?”

 

Ces mots étaient sortis tout seul de ma bouche. Lola et Emma se retournent vers moi. Elles ne comprennent pas tout de suite, au vu de leur air interrogateur.

Mais sans parler d’avantage, on prépare nos mains derrière le dos.

 

“Shi Fu Mi”

 

Un ciseau, un ciseau, une feuille. J’étais la feuille.

 

Mes espoirs de voir ce premier accouchement partirent aussitôt.

 

Feuille, pierre.

 

Lola avait gagné. Gagné son ticket d’entrée. Mais ce n’était que partie remise pour la naissance du nouveau né de Mme S qui ne “saurait tarder”.

 

Lola part aussitôt avec la sage femme, Magalie. Des minutes s’écoulent, avec toujours autant de passage dans la “ salle de contrôle” si je peux appeler cela comme ça.

Presque trois quart d’heure après, Lola revient. Le sourire aux lèvres. Les yeux émerveillés. Les mains qui applaudissent discrètement devant son visage charmé par la situation qu’il venait de voir.

 

“L’accouchement s’est bien passé, le bébé est en bonne santé. C’était beau”

 

Elle parla doucement, comme si elle ne voulait pas casser la magie qui flottait encore dans sa tête et ses souvenirs.

 

Il est 16h40. Dans vingt minutes nous devons partir. Mais, Marie, une autre sage-femme, vient vers nous.

 

“Je pense que d’ici une trentaine de minutes, Mme S donnera naissance à son enfant”

 

Avec Emma, on se regarde et on se comprend. Les mains derrière le dos …

 

“1, 2, 3”

 

Feuille, ciseau. Cette fois-ci j’étais le ciseau.

 

Un sourire intérieur grandissait en moi, me réchauffant. Emma était déçue, j’esquissais un sourire de compassion, ne sachant pas trop quoi faire. J’étais presque gênée d’avoir “gagné”.

 

Il était 17h00 passé, c’était l’heure de partir. Mais pas pour moi ! J’allais assister à ce que j’attendais depuis la veille ( même depuis un petit moment maintenant hihi ).

 

Quand Emma est partie en prenant soin de faire signer sa fiche de stage, je pris conscience de ce qui allait m’arriver. J’étais la seule étudiante ( même pas encore étudiante sage-femme si on y réfléchit bien ) au milieu de tous ces professionnels de santé.

 

Je me sentais toute petite, ils avaient une certaine prestance, qui, je l’espère sera mienne un jour.

 

Une autre sage-femme, Audrey, s’approche de moi, toujours assise dans mon coin de peur de déranger.

 

“Ça va être le moment”

 

Sans que je ne contrôle rien, mon coeur se mit à s’accélérer et à résonner dans ma tête.

 

“D’accord”

 

Se fut le seul mot qui réussis à sortir de ma bouche. J’étais stressée. Vraiment stressée. De peur de gêner dans la salle, de pas être à ma place, d’être de trop, de …

 

STOP !

 

Je prends une grande inspiration, et je suis Audrey jusqu’à la salle d’accouchement. Elle toque, et on rentre. Elle appui sur le bouton de présence, qui indique dans la “ salle de contrôle” qu’il y a quelqu’un dans la salle.

 

Je découvre la future mère, allongée sur le côté. Son compagnon était là aussi.

 

Elle est tournée vers moi et des traits de douleurs fendent son visage pâle et vieilli endurci par la fatigue. Cela faisait plusieurs heures qu’elle souffrait car la péridurale ne faisait pas assez effet sur elle.

 

Je me présente à la dame et à son compagnon, en leur disant que je suis une étudiante sage-femme, et je leur demande si je peux rester.

La jeune femme acquiesce entre deux grimaces.

 

Pour moi c’est comme si elle n’avait pas d’autre choix que de répondre oui.

 

Audrey me tend une charlotte et un masque. Je m’équipe et me sens de plus en plus proche du métier qui m’attire dans ses filets.

Dans la petite salle de travail, nous sommes beaucoup : le jeune futur couple, deux sages femmes, une aide soignante et … moi. Sans compter tout le matériel qui prend aussi de la place : le lit d’accouchement, la table avec tous les “outils” qui sont encore inconnus pour moi, une grande lampe, tous les lavabos, les armoires contenant le matériel d’urgence en cas de problème, le monitoring pour suivre les battements de cœur du bébé, un autre engin pour les constantes de la maman, une perche pour sa perfusion qui, je le crois, contient des produits anesthésiants, les 2 poubelles ( jaune et noir ) …

 

Audrey essaye de détendre l’atmosphère en lâchant quelques blagues mais la patiente ne comprend pas.

 

“Ils ne sont pas français”

 

L’aide-soignante s’était approchée de moi pour m’expliquer la situation. Ils n’avaient pas de papiers et la maman n’avait pas été très bien suivie pendant sa grossesse.

 

“Ils sont bulgares”

 

Je comprends mieux le “oui” de la femme, elle n’avait même pas compris ce que je lui avais dit.

Mais le père parlait un français, un peu. Audrey lui explique ce que sa femme allait devoir faire parce que le moment tant attendu était imminent !

 

“… pousser … tête du bébé …stop… tranquille … ça va bien se passer”

 

Audrey avait une manière de rassurer les parents vraiment incroyable, elle savait quoi dire, comment faire, parlait d’une manière très calme et posée, employant les bons mots. Je trouve que le dialogue est une des qualités premières d’un professionnel de santé : la communication est la clef pour que tout se passe mieux ! Elle n’est pas forcément verbale : les gestes et les expressions du visage sont très importants, surtout contre la barrière de la langue.

 

Le compagnon de la future mère essaye de lui traduire tant bien que mal mais au vu de sa tête ébahie, elle ne comprenait pas grand chose.

 

L’aide soignante sort à ce moment là et revient quelques secondes plus tard avec un téléphone.

 

“Google traduction”

 

J’esquisse un petit sourire sous mon masque. Ses doigts s’empressent aussitôt de tapoter sur les touches. Elle met le son à fond. Appuie sur le haut parleur.

 

Des sons inécrivables sortent du téléphone avec cette même voix de femme robot que l’on retrouve partout.

 

Lorsqu’ “elle” finit de parler, la jeune femme retrouva le sourire. Je ne sais pas ce que l’aide soignante avait écrit mais ça avait eu le don de l’apaiser. Et moi avec.

 

“Bon ça va être le moment d’y aller”

 

Audrey avait dit ça tout en regardant le monitoring qui dessine des zigzags sur une feuille de papier quadrillée.

 

L’heure était venue. Je ne savais pas où me mettre. Je ne voulais surtout pas gêner. Ni les gestes de la sage-femme. Ni l’intimité de ce couple qui m’avait accueilli dans ce moment si particulier. Leur moment.

 

L’aide-soignante me regarde.

 

“Si ça ne va pas tu peux sortir à tout moment”

 

J’acquiesce. Mais dans ma tête c’était déjà tout tracé : je reste jusqu’au bout !

 

La sage femme demande à la parturiente de prendre une grande inspiration.

 

Je la prends avec elle.

 

“On bloque. Et on y va. Allez, on pousseeee”

 

Elle pousse de toute ses forces, prenant ses cuisses dans ses mains, son mari tenant sa tête avec assurance. Il l’encourage. Encore et encore. Dans leur langue maternelle.

 

“On tient, on tient, on tient encore un peu … c’est très bien ce que vous faîtes”

 

La contraction était passée, elle relâche sa respiration.

 

Je reprends de l’air moi aussi.

 

Cherchant du regard son compagnon, elle trouva le mien. Elle avait les yeux mouillés d’émotions. De douleurs certes mais de joie. Je le voyais.

 

Une autre contraction arrive.

 

“On y retourne. Comme la 1ère fois c’était parfait”

 

Le seul homme de la pièce prend la main de sa femme et lui dis en français :

 

"Tu peux le faire, je crois en toi. Nous croyons en toi”

 

Il avait dit ses derniers mots en posant son autre main sur le ventre encore arrondi.

 

Ces paroles résonnent encore dans ma tête s’entrechoquant avec les bruits réguliers du monitoring.

 

La jeune femme pousse encore et encore. Elle donne vraiment toute son énergie. Neuf mois qu’ils attendaient ça. Neuf mois d’amour qu’elle transforme en force pour faire sortir ce petit être de son corps.

 

Fille ou garçon ?

 

Personne ne sait. Nous avions lancé les paris un peu plus tôt avec la complicité des parents. J’avais parié sur une fille.

 

Les minutes s’écoulent. Quinze minutes. Trente minutes. Le cœur du bébé ne montre aucun signe de souffrance mais il fallait qu’il sorte ! La mère commençait à être fatiguée.

 

Je suis toujours derrière la sage-femme, quand elle me demande de mieux l’éclairer. J’oriente la lampe sur la filière génitale. Tout ce que je puis dire c’est que, fille ou garçon, ce petit être a beaucoup de cheveux …

 

Encore une poussée et on est bon.

 

Je prends une dernière inspiration en même temps que la patiente.

 

Elle a les mains qui tremblent.

“Encore, encore … et stoppppp”

 

Ce stop stoppe tout autour de lui. J’étais dans un autre monde. Il est là. Ce nouveau-né. Sa tête était sortie. Juste là. Tout prêt. Les yeux fermés. La sage-femme le tourne un peu pour faire passer l’épaule et ça y est. Alors que ce bébé n’est toujours pas sur le ventre de sa mère, je sens les larmes monter. J’en ai les frissons. J’en ai encore des frissons au moment où je suis en train d’écrire.

 

17h52. Le jeune Gabriel est né.

 

J’avais perdu mon pari. Mais j’avais gagné beaucoup : donner la vie est une des choses les plus belles et j’avais eu le privilège d’y assister du haut de mes 19 ans, les études à peine commencées.

 

Je coupe le cordon. Détaché par ce lien physique le reliant à sa mère depuis 9 mois.

 

Le bébé est massé par la sage-femme. Mais il y a un problème.

 

Il ne pleure pas. Il ne crie pas. Il ne bouge pas.

 

Posé sur le ventre de sa maman qui pleure de joie ( avec le papa tenant toujours la main de sa compagne ), ce bébé n’a pas symbolisé sa présence.

 

L’aide-soignante prit les devant et l’emporte dans ses bras. Elle sort de la salle. Je suis ce petit être blanc.

 

J’ai peur.

 

En sortant, j’entends la sage femme qui rassure les parents, ne réalisant pas ce qui était en train de se passer.

 

Le petit Gabriel est posé sur une table. Des bruits bipent autour de lui. Il ne bouge toujours pas. Mais les battements de son cœur sont là. Il n’ouvre pas les yeux mais il respire.

 

Un tube pour lui retirer le liquide amniotique de l’œsophage. Un massage vigoureux sur le ventre. De nouveau un tube. Une secousse pour le stimuler.

 

Et soudain ….

 

Un CRI. Brisant le silence pesant de la situation. Et un autre. Encore un. La bouche grande ouverte, il crie de toutes ses forces.

 

Je souffle intérieurement. Tout allait bien ! Le bébé est en pleine santé, il a des parents qui s’aiment et qui l’aiment, lui, déjà depuis un long moment.

 

Dès que Gabriel sort ces sons de son tout petit corps, l’aide-soignante le ramène aussitôt auprès de ses parents.

 

Nous étions six quand je suis rentrée pour la première fois dans cette salle. A présent, nous étions sept

❤️

 

 

 

 

Edited by Jujunum
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  • Ancien RM

Quel beau témoignage ma Juju d'amour 😍 la fin trop émouvante, j'ai eu grave peur pour le bébé 😓

 

Et cette phrase omg :

il y a 10 minutes, Jujunum a dit :

Nous étions six quand je suis rentrée pour la première fois dans cette salle. A présent, nous étions sept

 

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  • Ancien RM
il y a 24 minutes, sebban a dit :

Trop cool 😍 Merci @Jujunum :tat:

 

il y a 17 minutes, lénouillette a dit :

Quel beau témoignage ma Juju d'amour 😍

Merciiii à vous deux ! 😘

 

il y a 18 minutes, lénouillette a dit :

j'ai eu grave peur pour le bébé 

Tkt pas il va bien ❤️

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  • Ancien RM
Le 15/12/2019 à 14:07, JuStatine a dit :

Tu m'as profondément émue ma @Jujunum . J'ai eu l'impression de vivre cet après-midi avec toi 😍 .

Pour quelqu'un qui n'a pas encore eu l'opportunité d'assister à un accouchement, je te remercie pour ce beau témoignage !!

Merci mille fois @JuStatine !!!! ❤️ Et ne t'inquiètes pas la prochaine fois c'est toi qui me raconteras 😘

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